La menace de la résistance aux antibiotiques

Vidéo d'introduction (en anglais)
La résistance aux antibiotiques: une crise sanitaire publique. 

Prof. Victoria J. Fraser, MD.

Médecin et chercheuse à l'université de Washington. Elle présente dans cette vidéo les méchanismes d'émergence et de propagation de bactéries résistantes aux antibiotiques, pouvant causer des crises sanitaires majeures.

Selon les experts mondiaux de la santé et l'OMS, d'ici 2050, la résistance aux antibiotiques pourrait devenir la cause principale de décès, et provoquer une crise sanitaire globale. 
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Les experts mondiaux s'accordent à dire que les cas de morts liés aux maladies infectieuses et à la résistance aux antibiotiques vont dépasser les cas de morts de cancer d'ici 2050. La résistance aux antibiotiques deviendrait la cause de mortalité principale dans le monde. 
 
Les molécules antibiotiques sont importantes pour notre système de santé, mais aussi pour notre production de nourriture, puisque  70 à 80% des antibiotiques sont utilisés pour l'élevage, les fermes piscicoles, etc. L'homme est donc loin d'être la seule source de la consommation des antibiotiques. Les façons dont nous produisons nos aliments, et l'économie de marché qui pousse à la croissance exponentielle de cette production, sont des facteurs aggravants le phénomène de résistance aux antibiotiques.

Le sol est un réservoir important de bactéries résistantes aux antibiotiques, et des bactéries résistantes émergent naturellement dans l'environnement. Or la dispersion de produits chimiques divers (comme le glyphosate) et des antibiotiques dans les sols et les cours d'eau va faciliter l'apparition et la multiplication de bactéries résistantes aux antibiotiques. Par simple sélection naturelle, ces bactéries résistantes peuvent avoir un avantage compétitif par rapport aux autres et se multiplier.
 
De plus, il existe un autre aspect souvent méconnu et bien plus inquiétant: les gènes de résistance peuvent être transférés aisément d'une bactérie à une autre, et d'une espèce à une autre. Ces gènes sont dupliqués, ils persistent et ils migrent vers des bactéries ou organismes pathogènes pour les animaux d'élevage ou pour l'Homme. C'est la persistance de ces gènes de résistance dans leurs hôtes, donc dans l'environnement, et leur transfert fréquent qui va générer un accroissement du nombre de bactéries multi-résistantes. Avec ce phénomène, la probabilité de crises sanitaires majeures augmente. 

A la lumière de ces considérations, le problème de la résistance antibiotique ne peut être résolue en ne proposant que de développer de nouveaux médicaments. C'est pourtant l'une des seule réponse apportée au problème à l'heure actuelle. Au-delà de la question des traitements et des pratiques hospitalières, des aspects économiques, sociétaux et urbains, mais aussi écologiques et agricoles, doivent être considérés. En particulier, il est nécessaire de rationnaliser l'utilisation des produits antibiotiques et prévenir à tout prix la dissémination de ces molécules dans l'environnement (rural et urbain) pour éviter l'émergence de nouveaux pathogènes.  
 
Tout ceci fait de la résistance aux antibiotiques un problème multifactoriel et complexe, qui nécessite une approche systémique et une coordination  des efforts à une échelle locale, nationale et globale. 

 
Dr. Arno Germond

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