Le glyphosate responsable de l'émergence de la résistance aux antibiotiques.


Le glyphosate est un pesticide et herbicide, employé comme tel ou à la base de nombreux herbicides. Encore en 2020, la consommation en France est importante, malgré un plan de sortie validé en 2017. On utilise 85 000 tonnes de produits phytosanitaires en France, dont 11% de glyphosate (Rapport Ecophyto du gouvernement)


Officiellement, la molécule de Monsanto est reconnu comme étant un antibiotique.

Il nous semble donc que les millions de tonnes de glyphosate appliquées chaque année dans l'agriculture, soit près d'un milliard de tonnes par an, participeraient à l'augmentation de la résistance aux antimicrobiens (RAM), et cela pourrait être vu notamment dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI), même dans des régions où il y a une faible, sous-optimale l'utilisation d'antibiotiques (AB).


Récemment, un article scientifique publié par une équipe Française dans le Journal of Antimicrobial Chemotherapy nous a particulièrement intéressé.


Le résumé stipule notamment que : " Nous fournissons des évidences que le glyphosate (un herbicide mais aussi un molécule antibiotique) serait responsable de causer la résistance aux anti-microbiens dans des pays où les herbicides sont employés fréquemment, de part les modifications qu'il cause sur l'environnement. L'émergence de la resistance chez les bactéries et les champignons (fungi) est corrélé avec l'utilisation du glyphosate dans le monde sur les 40 dernières années."




Depuis plusieurs années, on assiste à l'émergence des bactéries multipharmaco-résistantes (BMR) en provenance de la zone intertropicale, alors que l'utilisation d'antibiotiques chez l'homme reste assez faible dans cette partie du monde. Cette discordance entre l'utilisation d'antibiotiques chez l'homme et la fréquence de la résistance aux antibiotiques fait l'objet de débats et plusieurs hypothèses sont actuellement discutées dans la communauté scientifique. En Inde, en Chine et en Afrique, la résistance a considérablement augmenté alors que l'utilisation clinique de certains antibiotiques est restée relativement faible (1). La première hypothèse pour expliquer cette divergence a souligné que si l’utilisation des antibiotiques restait modeste, ils étaient mal gérés.

La deuxième hypothèse a été l'énorme utilisation de médicaments dans l'industrie agricole (2) ; on peut probablement accepter cette explication pour la résistance à la colistine (3) et aux tétracyclines, mais probablement pas pour les antibiotiques carbapénèmes, qui ne semblent pas avoir une utilisation vétérinaire disproportionnée (4). À l'inverse, la résistance à l'imipénem médiée par la production de la métallo-Ɓ-lactames de New Delhi (NDM) est apparue en Inde (5), tandis que des travaux récents en Afrique ont montré que les animaux sauvages vivants dans la ville de Nairobi étaient porteurs d'Escherichia colis MR, ce qui ne peut pas s'expliquer par une consommation artificiellement accrue pour des raisons agricoles (6).

(…) Toutes ces données montrent qu'il existe une discordance dans la zone intertropicale entre un faible niveau d'utilisation des antibiotiques chez l'homme et un niveau élevé de résistance aux antibiotiques chez les bactéries isolées dans différents écosystèmes.

(…) il existe clairement d'autres sources qui peuvent exercer une pression sélective dans l'environnement pour expliquer l'émergence contemporaine de la résistance aux antimicrobiens chez les bactéries (4). À cet égard, plusieurs nouvelles hypothèses ont été proposées. La première est qu'il existe dans la zone intertropicale des bactéries qui sécrètent naturellement des antibiotiques b-lactamines à large spectre, comme les carbapénèmes, car nous connaissons plusieurs bactéries qui sécrètent ce type d'antibiotiques, notamment : Streptomyces, Serratia ou Erwinia (10), et la sélection peut provenir d'un écosystème non lié à l'utilisation d'antibiotiques par les humains.

La deuxième hypothèse concerne le rôle du glyphosate comme moteur possible de la résistance aux antibiotiques chez les micro-organismes, car ce composé a été largement utilisé par l'homme en agriculture au cours des 40 dernières années (11). Le glyphosate est un acide phosphonique largement utilisé comme herbicide dans le monde entier, et c'est aussi un médicament antibiotique, et utilisé dans des pays en particulier de la zone intertropicale à des doses supérieures à celles qui pourraient être utilisées dans l'agriculture normale, mais aussi dans la culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM) 11. Le mode d'action du glyphosate est l'inhibition de la voie du shikimate, en particulier de l'enzyme 5-enolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase (EPSPS) ; cette enzyme est couramment présente chez certaines bactéries et champignons, mais est absente chez les mammifères (12). En fait, les OGM ont été modifiés pour porter ce gène EPSPS d'origine bactérienne pour la résistance au glyphosate et ainsi le glyphosate joue un rôle dans la sélection des plantes portant cette résistance en ne laissant pousser que les OGM. Dans ces conditions, on peut imaginer des quantités de glyphosate déversées dans les champs de riz, par exemple, ou dans les cultures de maïs, qui sont probablement les OGM les plus répandus dans le monde, cultivés massivement dans la zone intertropicale, notamment en Asie. En fait, le glyphosate a un effet antibiotique direct sur l'EPSPS bactérienne comme la fosfomycine (utilisé chez l'homme comme antibiotique), ce qui est bien connu puisqu'un brevet a été pris par Monsanto sur l'activité antimicrobienne du glyphosate contre une large gamme de bactéries, champignons et parasites qui contiennent l'enzyme EPSPS (13).


(…) Il a été récemment démontré qu'il y avait une corrélation entre l'émergence de la résistance chez les bactéries et les champignons et l'utilisation du glyphosate dans le monde au cours des 40 dernières années (11). Ceci est corrélé avec une énorme quantité de résidus de glyphosate dans l'environnement (sol, eau), mais aussi dans les plantes (11). Il existe également un effet inducteur ou répresseur de la résistance aux antibiotiques, qui a été démontré chez la bactérie E. coli et Salmonella enterica (14)."



Sources :

Référence: peer-reviewed article in Journal of Antimicrobial Chemotherapy



D'autres sources intéressantes :

Interview de Xavier Reboud, INRAE, par Pierre Girard pour #TousTerriens https://youtu.be/WpqSH05Qjqw


Expertise du gouvernement sur le glyphosate

https://agriculture.gouv.fr/ecophyto-et-sortie-du-glyphosate-le-gouvernement-renforce-la-transparence-et-mobilise-lexpertise


Le Rapport de l'INRAE sur l'utilisation du glyphosate:

https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/rapport-glyphosate-inra-6.pdf




THEBRIEF Editor noted:

Considering that glyphosate was officially registered by Monsanto itself some years ago as an antibiotic, it appears to us that the multi-million tons of glyphosate applied yearly in agriculture, nearly a billion tons annually, would participate of rising AMR, and this could be seen notably in LMIC where there be low, sub-optimal use of antibiotics (ABs).


In a recent (French language webinar, June 18th) on AMR & the Environment, to honor the memory of the Lebanese-French Dr Jacques Acar, 1931-2020, who died of COVID-19 last year, contracted at a scientific meeting in the US, we had the pleasure of a participant to the Mexican Scientific Council saying a few words on the Mexican gov't fight with industry to ban glyphosate for a whole variety of reasons but reasons that did not include AMR.

The compartimentalisation of knowledge today is such that people involved in agriculture lack knowledge on antibiotic resistance and people working in AMR do not generally follow debates on GMOs or agriculture.


In our highliting the issue and the importance of the Marseille study (excerpts below) it is ironical that Dr Acar, a true world expert, was central to the development of new ABs from industry, travelled as an expert, or worked with the OIE and meat industries. Acar would tell me: "There is too much focus on individual use of antibiotic, by the patient, the prescriber, or the cattleman for that matter, ignoring the fact that pesticides, chemical residues and so forth, are drivers of antibiotic resistance of soil, water bacterias!"